Depuis 2004, le Canada a réduit ses émissions dans presque tous les grands secteurs industriels. L'électricité, l'acier, le ciment, les mines : la courbe pointe vers le bas. Sauf dans un secteur. Le pétrole et le gaz a augmenté ses émissions de 79 % en vingt ans, passant de 77,6 à 139,2 megatonnes (Mt). Il représente aujourd'hui 47,9 % de la totalité des émissions déclarées par les grandes installations canadiennes au Registre des gaz à effet de serre industriels (RGGIC).
Le chiffre de façade semble rassurant : 282,8 Mt en 2004, 290,6 Mt en 2023. Une hausse de 2,8 % sur vingt ans. C'est presque rien. Mais ce total masque un transfert de poids spectaculaire à l'intérieur du système industriel canadien.
Le graphique ci-dessous raconte cette histoire en deux lignes. La courbe verte : le reste de l'industrie canadienne, toutes les installations qui ne sont pas dans le secteur pétrolier et gazier. Elle descend de 205,2 Mt en 2004 à 151,4 Mt en 2023, soit une réduction de 26 %. La courbe grise : le pétrole et le gaz. Elle monte de 77,6 Mt à 139,2 Mt.
Deux lignes qui se croisent presque. En 2004, le pétrole et le gaz représentait 27 % du total. En 2023, il en représente 48 %. Si la tendance se maintient, la part dépassera les 50 % avant 2030.
La hausse ne s'est pas faite progressivement. Entre 2016 et 2017, les émissions du secteur ont bondi de 19,6 Mt, passant de 105,4 à 125,9 Mt. C'est la plus grande augmentation annuelle de la période. Elle correspond à la mise en service simultanée de plusieurs grands projets d'expansion des sables bitumineux : l'agrandissement de Christina Lake (Cenovus), la phase 3 du projet Horizon (Canadian Natural Resources), la phase Foster Creek D (FCCL LP).
Le graphique ci-dessous révèle la structure interne de cette hausse. Quatre sous-secteurs y sont représentés : les sables bitumineux (extraction in situ et à ciel ouvert), le gaz et pétrole conventionnel, les pipelines et les raffineries. Chaque point correspond à un sous-secteur pour une année donnée.
Les sables bitumineux dominent la hausse. En 2004, ils représentaient environ 32 Mt. En 2023, ils dépassent les 80 Mt. La progression est quasi continue. Les pipelines et le gaz conventionnel ont crû plus modérément. Les raffineries sont restées relativement stables.
Depuis 2004, Syncrude Canada, Suncor Energy et Canadian Natural Resources ont déclaré collectivement 585 Mt d'émissions au RGGIC : 227,7 pour Syncrude, 193,9 pour Suncor et 163,5 pour CNRL. Ces trois installations albertaines représentent plus de 42 % de la totalité des émissions pétrolières cumulées sur la période.
Le graphique de classement ci-dessous montre comment la hiérarchie entre les huit plus grands émetteurs a évolué entre 2010 et 2023. Syncrude et Suncor se disputent régulièrement la première place. CNRL grimpe steady depuis 2010. Cenovus (FCCL) émerge après 2017.
Imperial Oil Resources et Shell Canada ont reculé dans le classement au cours des dernières années. Nova Gas Transmission, opérateur de pipeline, occupe une position stable en milieu de tableau. Husky Oil (absorbé par Cenovus en 2021) disparaît du classement après la fusion.
Ce que les chiffres pétroliers éclipsent, c'est une réduction réelle et documentée dans les autres secteurs industriels. La production d'électricité a drastiquement réduit ses émissions depuis la fermeture des centrales au charbon en Ontario et au Nouveau-Brunswick. L'acier et la fonte ont baissé. Le ciment et le béton ont baissé. Les mines métalliques ont baissé.
La barre verte la plus remarquable : la production d'électricité, dont les émissions de grandes installations ont diminué d'environ 65 % depuis 2004. L'acier affiche une réduction d'environ 35 %. Le ciment, 15 %. Ces gains sont réels. Le problème : la hausse pétrolière (+61,6 Mt) dépasse la réduction combinée de tous les autres secteurs.
Le Canada s'est engagé dans l'Accord de Paris à réduire ses émissions totales de 40 à 45 % sous les niveaux de 2005 d'ici 2030. Pour les grandes installations déclarant au RGGIC, les émissions de 2005 étaient de 278,2 Mt. La fourchette cible impliquerait donc une réduction à 153-167 Mt. En 2023, on est à 290,6 Mt.
Le graphique en arc ci-dessous illustre l'écart. L'aiguille pointe loin au-delà de la zone verte.
La distance à parcourir est de 124 à 138 Mt, soit l'équivalent de toute la production actuelle du secteur pétrolier et gazier. Pour atteindre la cible d'ici 2030, il faudrait réduire les émissions des grandes installations de plus de 42 % en sept ans. Depuis 2004, la réduction totale n'a été que de 2,8 %.
Méthodologie : toutes les données proviennent de la table emissions de PollutionData, filtrées sur entity_type='emission' (RGGIC). Le secteur pétrole et gaz inclut les codes SCIAN 211114, 211141, 211142 (sables bitumineux), 211110, 211113 (conventionnel et gaz naturel), 486210 (pipelines) et 324110 (raffineries de pétrole). Les années couvrent 2004 à 2023. Les émissions sont en mégatonnes d'équivalent CO₂. La cible 2030 est calculée sur la base des émissions RGGIC de 2005 (278,2 Mt), avec une réduction de 40 à 45 %.
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